Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier 7 - Les mots de Montpellier - 3ème Sujet

 

Sur l’air de Casta Diva de Bellini interprété par l’immense Renée Fleming

https://youtu.be/Rg4L5tcxFcA

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L’âme lourde de chagrin contenu, il avance lentement sur le quai de la seine. Pouvait-il imaginer destin plus cruel que cet abandon.

 

Pourtant lorsqu'il l’avait rencontrée tout son horizon s’était éclairci. Lui, l’enfant naturel, n’avait jamais eu grand-chose à dire chez sa mère. Il était le parasite dont on ne pouvait se débarrasser. Dans leur monde, habituellement, les enfants de son genre étaient abandonnés sous X à la naissance. Mais impossible dans son cas, car sa mère tenait à ce que son géniteur l’épouse. Alors elle s’était affichée avec son gros ventre. Mal lui en avait pris puisque ledit gentleman avait préféré proposer l’avortement.

 

Le cœur brisé sa mère n’avait su que faire de cet enfant qui poussait en elle telle une mauvaise graine. Ses parents ulcérés avaient fait passer son départ pour la Suisse pour des retrouvailles avec le père du bébé.

 

Arrivée sur place, elle avait été cloîtrée dans une institution religieuse qui l’avait accouchée. De retour à Bordeaux avec l’enfant, la famille avait donné une réception pour pleurer le décès du père présumé. Pour tous, il était le fils d'un disparu.

 

Lentement, il avait grandi dans une maison luxueuse, cerné de domestiques et de beaux objets, mais toute cette beauté ne l’avait pas rendu plus heureux. Il avait appris très tôt à ne pas se faire remarquer, à ne  répondre que si on l’y autorisait. Sa mère s’était finalement mariée à un banquier et son frère était né deux ans plus tard. Ce dernier avait bénéficié de tout l’amour dont il rêvait.

 

Oh, il avait bien essayé de se faire aimer en ramenant des notes parfaites, en parlant peu, en se réfugiant dans sa chambre le plus souvent possible. Son jeune cœur en avait terriblement souffert. Il avait fini par comprendre que quels que soient ses nombreux mérites, il n’arriverait jamais à atteindre le cœur de sa mère. Ils avaient eu la chance d’avoir un enfant à eux, lui n’était que le parasite qui les empoisonnait. Les seuls mots, à son sujet, qu’il avait entendus de leurs bouches avaient été ceux de son départ en pension. Il y avait passé toute sa scolarité soumis à des jésuites cruels et arriérés.

 

Lorsqu’il avait atteint ses dix-huit ans, c’est avec soulagement et sans rien demander à personne, qu’il s’était engagé pour cinq ans dans l’armée. Là, il avait découvert ce qu’était l’esprit de corps et l’amitié qu’il peut y avoir entre jeunes gens de son âge, mais il n’avait jamais réussi à en faire partie. C’était un solitaire. Ses protections étaient si hautes que nul n’avait su l’atteindre.

 

La dernière année de son engagement, il avait rencontré la fille du colonel. Il avait été ébloui par la blondeur et la gentillesse de la jeune femme. Le colonel avait vu leur idylle d’un très bon œil, sa famille ayant le « bon pédigree. »

 

Son ciel s’était éclairci, et pendant une année entière les jours lui avaient semblé plus harmonieux Son jeune cœur s’était embrasé. Il avait goûté ce bonheur tout neuf avec une soif inextinguible. En moins de temps qu’il  n'en faut pour le dire les parents, ravis eux aussi de la bonne aubaine, les avaient installés dans un bel appartement du triangle d’or à Bordeaux.

 

Lorsque sa femme lui avait annoncé qu’elle attendait un enfant, son cœur avait failli exploser de joie. Pour la première fois de sa courte vie, il s’était senti vivant et enfin apaisé. Cela avait été intense, mais trop court. Elle avait ajouté qu’elle était tombée amoureuse de son jeune frère. L’enfant qu’elle attendait était de lui. Désespéré, il avait vendu son appartement et il avait rejoint Paris où il avait disparu, les laissant savourer leur bonheur tout neuf.

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Photos : Lee Jeffries

 

Deux mois qu’il allait de gare en gare, de métro en métro. Il avait côtoyé la misère et vu que bien des jeunes gens se retrouvaient abandonnés là, au vu et au su de tous, et tout le monde s’en moquait. Que valait ce monde de misère si on laissait crever la jeunesse dans la rue ?

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Photo :  Jeunes SDF

 

Alors il avait fait don de  l’argent de la vente de son appartement aux petits frères des pauvres et il s’était jeté dans la Seine.

 

Maridan 30/03/2019



30/03/2019
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