Maridan Gyres

Maridan Gyres

Souvenirs éclatés

La sorcière

La chambre est noire, le bureau où se cache la sorcière est là, il me nargue, je me cache sous les couvertures, elle ne m’aura pas. Vite le matin, vite, viens me délivrer…

Le martinet

Je suis dans le couloir avec mon frère, j’ouvre tout doucement la porte pour regarder le téléviseur noir et blanc, la voix de mon père gronde. On arrête de respirer et soudain il est là, les coups pleuvent, le fouet me brûle la peau, courir, s’échapper, vite se cacher sous les draps. Larmes de rage, larmes d’impuissance, larmes de colère, un jour, moi aussi, je serai grande.

La colonie

Timide, réservée, isolée, fatiguée, dormir, nuit, réveil brutal, cris, rires, elle, fragile et nue au centre de ces furies, ses yeux, mes yeux, échange silencieux, leurs yeux à ces bourreaux de douze ans. Menace, horreur, servitude, dégoût, cette nuit là, je me suis jurée que plus jamais ça. Morte la timidité et morte la peur à leur place la colère vissée au ventre à jamais.

Grand père

Lui, couché dans mon lit, corps abandonné, ravagé par la maladie. « Va me chercher mes gitanes. » Je vais acheter le poison qui l’emportera un peu plus vite. Je le perds dans son abandon.

Je reste orpheline de toi grand-père, de ma main dans la tienne, de ta voix qui me raconte et me fait rêver. Ta voix chargée des accents de ta Russie natale, de ce pays disparu où tu as vu pour la dernière fois tes parents, tes frères et sœurs. Cette solitude que tu porteras toute ta vie, de tes recherches infructueuses qui jamais ne porteront les fruits. Je te sais avec eux à présent, enfin libéré du joug de leur absence trop douloureuse à porter.

L’accident

1/4/1971 On fête les vingt ans de Monique chez sa sœur Nicole. Je suis au jardin avec mes cousins et cousines à jouer sur le tas de sable qui est devant la maison. La maison est neuve, les baies vitrées ont été posées la veille. Je cours du jardin vers la cuisine chercher des bonbons pour mes compagnons de jeu, je repars en courant.

Choc, bruit épouvantable de verre brisé, douleur, rouge le sang qui coule, ma tante qui s’évanouit, les autres invités, visages horrifiés, tous me regardent. Qu’est-ce qui se passe ? Larmes sur des visages. Et lui, qu’est ce qu’il ramasse ? Je n’arrive pas à me relever, plus de jambes. Et ma main, rouge ma main, coule mon sang. Pas de douleur mais la peur est revenue. Il me prend dans ses bras. « Ne dors pas, reste avec moi. »

Dormir, tellement bien, je veux dormir. Claque ! Encore ! Pourquoi ? Qu’ai-je fait. « Ne dors pas. » Mais j’ai tellement envie de dormir moi ! Puis le lendemain, pied et main bandés et un festival de chocolat. Les plus belles pâques de ma vie, j’ai treize ans.

Premier baiser

Nous partons tous du camping de Marvivo vers la piste de danse des Sablettes. Il fait doux, la nuit est belle. La musique arrive jusqu’à nous. Je m’élance en courant vers la piste. Ils m’ont tous suivi, je virevolte légère au milieu des flonflons. Soudain changement de rythme. Le groupe « il était une fois » c’est un slow. Il arrive, grand blond les yeux bleus, un sourire étincelant, un rêve, mon rêve et il m’entraîne. Ses yeux sont un océan dans lequel je trouve un écho à mes propres démons. Il a le regard si triste, mais ses yeux sont une promesse. Ce soir-là, j’ai échangé mon premier vrai baiser.

 

Maridan



13/07/2014
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