Maridan Gyres

Maridan Gyres

Poème, texte et conte autour de la mer

 La mer

 

Elle a été broyée avec fracas

Dans des rouleaux d’écume

Dans la souffrance, elle se débat

Sans la moindre amertume

 

Quand le vent souffle sur la mer

Il endort dans un lent mouvement

Ses pensées trop souvent délétères

Qui obscurcissent son jugement

 

Il y a en la mer tant de puissance !

Elle est source de vie et de néant

Elle balaie parfois nos existences

Dans un puissant déferlement.

 

Mais quelle grâce, lorsqu’elle réussit

A conjuguer force et douceur

Elle nous offre des paradis

Où l’on oublie toutes nos douleurs.

 

Maridan 21/06/2014

 

Partir

 

Elle avait pris l’eau, comme on meurt. Fuyant tout, son passé, ses douleurs, son avenir de souffrance. Elle s’était embarquée pour un dernier voyage à bord de cet avion en partance pour les îles. Mais peut-on fuir son destin ?

 

Elle n’y avait pas songé, pensant avant tout à quitter un univers écrit d’avance. Elle ne voulait pas mourir dans un hôpital. Offrir à ses enfants le visage de la décrépitude, des longs jours d’agonie. Non ! Il n’y aurait pas de veillée funèbre pour elle. Elle était une guerrière, elle savait qu’elle avait en elle, tous les dons pour vaincre l’horreur qui la dévorait de l’intérieur.

 

Lorsque le verdict était tombé, que le médecin avait ajouté sa sentence d’un air détaché :

 

-   Il vous reste tout au plus six mois, vous devriez préparer vos affaires.

 

elle avait aussitôt pensé qu’il se trompait. Qui peut prédire l’avenir ? Qui était-il pour parler d’un ton si péremptoire. Il avait tort et elle comptait bien le lui prouver. Le soir, alors qu’elle surfait sur le web, elle était tombée sur cette publicité alléchante.

 

« Croisière neuf jours, sept nuit à bord d’un catamaran, vol et croisière en pension complète 899€ ».

 

Sur le moment, elle avait pensé qu’il y avait eu une erreur. Elle avait appelé et on lui avait confirmé le prix. Le catamaran disposait de six cabines, il en restait une de libre. Alors, sans rien en dire à personne, elle avait fait ses valises et elle était partie.

 

Elle s’imaginait assez bien la tête qu’avait dû faire ses enfants et son époux.  Son médecin lui avait annoncé sa mort promise, il y avait quatre mois. Donc, s’il ne s’était pas trompé, il lui restait à peine deux mois à vivre et elle comptait bien en profiter.

 

Le plus drôle, c’est que depuis que son billet était dans son sac, elle se sentait revivre. Le voyage en avion l’avait quelque peu perturbée, mais depuis deux jours qu’ils naviguaient, elle était en pleine forme.

 

Ce matin, une fois de plus, elle s’était levée la première. Elle aimait ce moment, où seule sur le pont, elle avait le sentiment d’être l’unique rescapée au monde. Et finalement, c’était ce qu’elle était. Le vent s’était levé dans la nuit et le voilier avait commencé à tanguer. Elle n’avait pas eu peur. L’avantage avec un catamaran c’est qu’il est bien stable sur ces deux coques.

 

Le skipper avait ancré le bateau assez proche de la plage. Elle avait vu les rouleaux s’amplifier. Elle plongea soudain dans les flots déchaînés. Pourquoi ? Elle l’ignorait. Elle avait juste envie de sentir les vagues l’emporter, la soulever comme fétu de paille. Elle se sentait bien avec elle-même et seule avec elle pour la première fois depuis des siècles. Quand avait-elle été seule avec elle-même ? Elle n’en avait aucun souvenir.

 

Elle lutta de toutes ses forces et fini par atteindre la plage. Elle se sentait emplie d’une puissance divine. Les vagues venaient se briser sur la plage en des flots d’écume blanche, magnifique ! Pensa-t-elle.

 

C’était un bleu presque turquoise. Le ciel, lui aussi, était dégagé. Cependant, elle sentait la colère des éléments. Sans doute mécontents, se dit-elle, de son orgueil qui l’avait poussée à les braver.  Les vagues, à présent, dépassaient les deux mètres de haut. Prudemment, elle recula un peu plus loin. Se mit à l’abri des palmiers et observa la plage de sable blanc qui l’entourait. L’endroit était superbe.

 

Peut-être aurait-elle du prévenir les autres occupants de son départ. Elle avait laissé ses affaires à bord. Elle n’avait rien avec elle, pas même de quoi s’offrir un café. Mais elle ne vit nulle part un café ou d’estaminet où elle aurait pu prendre une boisson.

 

Elle regarda le catamaran qui gîtait fort depuis un moment et s’aperçut qu’il y avait du mouvement à bord. Visiblement les autres passagers avaient été réveillés par le mouvement de la houle.

 

Serait-elle capable de refaire le trajet en sens inverse avec la force de ces rouleaux d’écume ? Elle l’ignorait, mais la tentation de braver à nouveau les éléments était très forte. Après tout ce serait une belle mort.

 

Sans plus y réfléchir, elle plongea, son corps fut aspiré vers le fond. Elle se battit avec force, plongeant au cœur des vagues, lançant ses bras en un crawl sauvage. Elle entama une danse avec la mer. Il y avait dans ce ballet une sensualité sauvage qui la faisait se sentir vivante comme jamais.

 

Sur le pont du catamaran le skipper l’avait vu plonger. Il voulut mettre l’annexe à l’eau pour aller la chercher, mais son associé s’y opposa.

 

-  Tu ne peux rien faire, je ne tiens pas à perdre mon skipper et l’annexe pour sauver une inconsciente. Il faut être dingue pour braver une mer dans cet état. Elle aurait dû nous attendre tranquillement sur la plage, le temps que le grain passe. C’est une folle !

-  Ne vois-tu pas qu’elle risque de se noyer !

-  Elle l’aura bien cherché ! Je t’interdis d’y aller. Il y a ici dix passagers qui pourraient bien avoir besoin de l’annexe pour s’en sortir. Alors ne joue pas au con !

 

Ils continuèrent à surveiller la nageuse, qui émergeait de temps en temps. Le vent sembla s’apaiser, ce n’était qu’un grain passager. Finalement, elle finit par rejoindre le bateau. Lorsqu’elle monta l’échelle, elle arborait un grand sourire.

 

-  Vous êtes complètement dingue ! S’écria furieux le capitaine.

-  Je l’ai vaincue ! Vous avez vu ? Je l’ai vaincue.

-  La belle affaire, vous auriez pu y rester.

-  Mais je suis là, elle m’a laissé passer.

 

Quatre jours plus tard, elle rentrait chez elle. Son mari, fou de joie, la serra à l’étouffer.

 

-  J’ai cru que tu avais fait une bêtise. Nous avons eu très peur pour toi. Où étais-tu passée?

 

Elle lui raconta. La liberté, l’effet de santé, la joie de vaincre les éléments, jusqu’à la colère du capitaine.

 

-  Tu ne vas pas mourir ma chérie.

-  Je sais !

-  Comment ça, tu sais ?

-  Je l’ai su quand la mer m’a laissé passer. J’aurais dû y rester, cela prouvait que ce n’était pas mon heure. Mais toi, comment as-tu pu le savoir ?

-  Il y a eu une erreur dans les dossiers. Une femme qui portait le même nom que toi. Le médecin était consterné et moi fou d’angoisse.

-  Tout est bien qui finit bien alors !

 

Nous sommes repartis tous les cinq, mon mari et nos trois enfants faire un tour des îles Marquises et cette fois, nous étions seuls sur le catamaran. Ce furent les plus belles vacances de ma vie. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir dit le vieil adage. Je dirai mieux :

 

-  Vis chaque jour comme s’il devait être le dernier, ainsi tu partiras sans regret.

 

Maridan 21/06/2014

 

 

 

 

Où s’en vont les vagues – conte pour enfant

 

-          Dis maman ! Où qu’elles vont les vagues ?

-          Elles partent retrouver Neptune qui les attend.

-          C’est qui Neptune ?

-          Neptune, c’est le roi des mers et des océans.

-          Pourquoi, je peux pas le voir ?

-          Parce qu’il vit au fond de l’eau.

-          Pourquoi, il vit dans l’eau, maman ?

-          Parce qu’un jour, il n’a pas obéit à sa mère et du coup, elle l’a puni.

-          Pourquoi, il a pas obéi ?

-          Parce qu’il était tombé amoureux d’une belle vague qui avait emporté son cœur avec elle.

-          Mais maman, les vagues c’est de l’eau et Neptune, tu dis que c’est un roi !

-          Oui, mais avant les vagues c’étaient une belle jeune fille, farouche et fière. Et cette jeune princesse avait conquis le cœur du bon roi.

-          Alors pourquoi, il a pas pu rester avec elle ?

-          Parce que Gaîa, la Terre, mère de la jeune princesse ne voulait pas que sa fille ainée soit l’épouse d’un dieu marin, elle préférait qu’elle épouse un roi terrestre. C’est pour cela que la mère de Neptune l’avait mis en garde contre cette union. Les rois de l’eau ne doivent pas prendre pour épouse une fille de la Terre.

-          Je comprends rien maman ! Tu dis toujours que la chose la plus importante dans la vie, c’est l’amour ! Elles étaient méchantes leurs mères.

-          Hélas mon chéri ! Il est des unions qui ne doivent pas se faire. Ainsi la glace n’épouse pas l’eau, l’eau pas la terre, l’air pas le feu. Ce sont des unions qui pourraient être dangereuses. Mais Neptune n’a rien voulu savoir et sa belle fiancée a désobéi à sa mère. Pour punir sa fille, Gaïa a transformé sa fille en vagues. Depuis, elle roule sans cesse à la rencontre de son amour, et lui, désespéré ne sait pas que ces vagues qui lui lèchent les pieds sont en réalité son amour.

-          Maman, je n’aime pas ton histoire, elle est trop triste.

-          Tu as raison, mon amour, c’est pourquoi, il ne faut jamais désobéir à ses parents. Viens maintenant, il faut te coucher.

-          Oui maman, j’ai compris, je serai un petit garçon obéissant.

 

Maridan 21/06/2014



21/06/2014
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