Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Le cygne noir

 

Il avait suffi d'une visite au cours de laquelle j'avais fait cette curieuse rencontre pour que tout, soudain, s'entrechoque dans ma vie. Moi qui étais friande d’or et de soie, je n’avais plus envie de rien d’autre que d’un retour aux origines. Envie de vérité et d’absolu. Ma rencontre avec ce peintre s’avéra donc un échec. Le double que je vis sur la toile n’était pas moi. Même mon nom perdu ne me troubla pas. Au contraire, tel le cygne noir au milieu des blancs, je retrouvais soudain, une virginité qui m’allait bien. Je pris le double des clefs en vue de m’emparer de la lettre, mais la chambre avait deux verrous et moi une seule clef. Un éclat d’or pur attira mon attention sur le petit guéridon de l’entrée. Était-ce un piège ? L’autre clé était là, pâle imitation de la première, plus petite mais d’or pur. Pour pénétrer cette chambre, j'étais prête à tout, même au péché de chair. Dieu merci, le temps des regrets ne passerait pas par moi. L’autre clé ouvrit la porte sans le moindre accroc. La lune éclaira un instant la scène, le moment, pour moi, de refermer la porte. Il faisait froid, ma chair était transie. Les accords de guitare m’apportaient un peu de chaleur. Mais ce n'était pas mon corps qui se réchauffait, c'était mon âme meurtrie. Les jours sans lendemain, je connaissais. Sentinelle de mes jours en souffrance, je veillais désormais sur les autres, mes sœurs d’infortune.
 
Maridan gyres 28/10/2014


28/10/2014
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