Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

L'atelier 248 d'Evy

 enfance baffouée.jpg

L’amour filial est-il naturel  ?

Si oui, pourquoi n’en ai-je pas bénéficié  ?

J’ai l’impression d’avoir été celle qu’on ne voulait pas. Je n’étais consolée que par ma chère grand-mère paternelle, trop tôt disparue. Combien de fois s’est-elle interposée entre les coups et moi, je ne saurais le dire ? Je me rappelle seulement qu’elle fut la seule pause tendresse de mon enfance sacrifiée. J’ai la mémoire d’une fois où les coups reçus, à ma place, lui avaient laissé des œdèmes sur la peau. Je me sentais horriblement coupable.

Malgré cela, elle resta tendre avec moi, continuant à me prendre avec elle, à la Sauvain, dans cet îlot d’amour où je trouvais un peu de paix, sans coup ni hurlement. Où je pouvais courir à loisir avec les enfants du village, sans risquer la taloche ou le fouet pour un oui ou un non.

J’aimais explorer les chemins autour de l’école. Je respirais à plein poumon, ouvrant les bras pour sentir la caresse du vent sur ma peau. Le soir, nous nous retrouvions tous devant l’unique télévision du village où les veilles s’organisaient.

Mais quand le malheur frappe, il ne vient jamais seul. Le 12/04/1971 je passais à travers la baie vitrée d’une cousine qui fêtait ses vingt ans. Je me retrouvais à l’hôpital avec un scalp du pied. Le lendemain de mon hospitalisation, j’appris que celle que j’aimais tant était décédée. Je n'avais pas pu lui dire au revoir et mon cœur se brisa.

Mon père et ma mère étaient sans cesse sur mon dos. Ma mère me terrifiait, bien que ce soit mon père qui jouait du fouet. Chaque fois que mon frère faisait une bêtise, je recevais des coups, car j’étais la plus grande et c’était à moi de le surveiller. Tu parles comme si le gredin faisait les 400 coups devant moi.

Les années ont passé. Je ne suis plus enchaînée à ces souvenirs. J’ai pardonné et laissé tomber mes singes sur le sol. Aujourd’hui, je profite de tout ce qui est beau et me comble de joie. Mes enfants, ma petite-fille et mon époux. Je n’ai plus de raison de pleurer. Alors souriez avec moi, la vie est belle  !

Maridan 14/01/2020



14/01/2020
13 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 118 autres membres