Maridan Gyres

Maridan Gyres

Lundi de larmes

2ème jour de ma triste vie. Dimanche 23/03/2014

 

Le corps brisé après une soirée délicieuse chez une amie. Ce que j’aime dans ces douleurs du lendemain, c’est que je peux me dire, aujourd’hui, tu as mal parce que tu es sortie, tu as vécu et il n’y a rien de mieux que cela. Mais ce matin, j’ai le cœur ravagé devant l’état de mon merveilleux Vasco.

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Mon ami de plus de dix ans se paralyse et ses yeux ne me quittent pas  me suppliant dans un échange silencieux de mettre un terme à ses souffrances. Il a été gavé de cortisone, alors oui ! Il s’est remis debout, de toute la force de son courage, il a tenu à sortir de la maison pour aller faire ses besoins. Aussitôt rentré, je l’ai posé sur le drap de bain, près de moi, et son doux regard qui m’a accompagné ce dernier mois, semble me dire, c’est bien maman, tu as fait tout ce que tu as pu, mais vois-tu, je n’ai plus la force de lutter. Je sais que le garder encore ce week-end c’était égoïste de ma part, mais qui peut croire qu’il est facile de renoncer à l’amour qu’un tel chien vous donne ?

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Vasco ce fut un regard. Dès le premier instant de notre rencontre, c’est ses yeux qui ont créé notre lien. J’étais venu avec ma fille visiter une exposition féline. Je pensais y voir des chats. Mais dès l’entrée sous la halle bleue de Palavas, j’ai senti un regard posé sur moi. L’impression d’être observée. C’était très bizarre. Puis, ma fille et moi avons évolué dans les allées. Finalement, nous sommes arrivées près d’un enclos où étaient couchés deux dalmatiens. L’un était la copie du film de Walt Disney. L’autre son frère avait un regard si doux que j’ai été immédiatement conquise. Il avait une grosse tache noire sur l’oreille et l’un de ses yeux n’était pas cerclé de noir. L’éleveur m’a immédiatement dit que celui-là ne pourrait pas concourir du fait de ces deux « tares ».

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L’imbécile ! C’est justement ces anomalies qui lui donnaient tant de charme. Lorsque j’ai tendu la main pour caresser ces deux chiens, Vasco s’est levé de suite accaparant mes caresses, ne laissant aucune place à son frère. J’étais sous le charme. Pourtant depuis plus de 20 ans mon mari rêvait d’un chien et je n’avais jamais voulu l’envisager. Les contraintes des crottes dans le jardin, les sorties obligatoires, tout cela me rebutaient.

 

J’ai donc repris ma ballade dans les allées, mais où que je passe, le poids de ce regard était sur moi. J’ai compris que depuis mon entrée dans cette exposition, ce chien m’avait choisi. Malgré cela, je suis rentrée chez moi, sans lui. Arrivé chez moi, j’en ai parlé à mon mari. Daniel, en fin stratège, me demanda :

«  Qui ira le promener ? » Ma fille et moi dans un même élan, nous répondîmes que ce serait nous. Puis il ajouta :

« Qui ramassera ses crottes, s’il en fait dans le jardin ? » Une fois encore, nous avons répondu que nous les ramasserions chacune notre tour. Ravi Daniel nous donna son accord pour que je le ramène à la maison.

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Lorsque je retournai au salon, dès mon entrée dans la halle, je vis le chien, qui de loin me fixait avec attention. L’éleveur nous proposa aussitôt son frère.

« Mais Madame, vous ne pourrez jamais faire concourir ce chien. »

« Cher monsieur, jamais, je n’aurais pensé acheter un chien. La SPA est pleine d’animaux qui ont besoin de maîtres attentionnés, si j’avais dû en choisir un, c’est chez eux que j’aurais été. Pas chez vous ! Mais votre chien m’a choisi. C’est donc lui que je veux. »

 

Le plus drôle c’est que le type, sûrement un honnête homme, m’accorda une remise de 50% sur celui qui allait devenir notre compagnon du fait de ces deux « tares ». Je rentrai donc avec ce merveilleux chien à la maison. 

Le coup de foudre entre mon mari et lui fut immédiat. Au bout de huit jours, Daniel appelait Vasco « mon amour ». Ma fille et moi nous nous moquions de lui. Il combla le vide que notre fils avait laissé en quittant la maison. Il nous a donné tant d’amour que nous avons fini par ne plus nous en apercevoir.

 

Et puis, il y a cinq ans, j’ai subi une intervention suite à un cancer du sein. Huit jours plus tard, Vasco tombait malade à son tour. Un gros calcul lui avait bouché l’urètre et le vétérinaire n'a pas eu d’autre choix que la stérilisation et la reconstruction d’une autre sortie urinaire. Pendant quinze jours, nos promenades étaient entachées du sang qu’il perdait en abondance.

Petit à petit, ensemble, nous nous sommes refait une santé. Il y a trois ans, ma fille nous ramena un chaton roux qu’elle avait trouvé seul, égaré, sur le parking d’un centre commercial. Vasco adopta immédiatement cette minuscule boule de poil. Nous nous amusions à les voir jouer ensemble. Quelquefois, Big allait trop loin et Vasco en brave bête posait sa grosse patte sur lui, d’un air de dire, bon allez gamin, ça suffit !

 

Big a grossi, Vasco était magnifique. Et puis, il y a un mois, Vasco a commencé à gémir, dès que nous l’approchions, il pleurait, nous l’avons aussitôt amené chez le vétérinaire qui nous a parlé de calcul à nouveau. Il l'a opéré et a découvert une grosse tumeur. Il en a profité pour refaire sa sortir urinaire qui visiblement avait été mal faite. Du coup le chien qui sentait très fort a retrouvé une odeur normale. Puis au bout de quinze jours il semblait aller de mieux en mieux. Il y a une semaine, il s'est remis à gémir. Cette fois le véto a diagnostiqué une lombalgie et lui a donné un traitement.

Celui-ci a eu l’air de faire effet. Jeudi, nous avons joué tous les deux. Il semblait avoir retrouvé la pêche. Vendredi, je suis partie faire quelques courses et quand je suis rentrée, Vasco tenait sa patte avant, pliée vers lui. Il n’arrivait plus à la poser sur le sol, j’ai pensé qu’il avait dû se blesser en sautant sur une pierre. Lorsque j’ai voulu le caresser, il s’est mis à pleurer, une longue plainte comme s’il souffrait énormément. Les mêmes cris qu’un mois plus tôt, mais beaucoup plus longs.

J’ai attendu le retour de Daniel, et une fois de plus nous l’avons conduit chez le vétérinaire. Après un examen rapide, la sentence est tombée ! Il se paralyse. Le vétérinaire l’a pincé à de nombreux endroits et Vasco n’a pas réagi. Plus aucune sensibilité. Je sais que je vais devoir me séparer de lui  et je n’y arrive pas. Demain sera décisif. Je prie pour que la cortisone dont on le gave fasse effet, mais quel espoir me reste-t-il ? Quand à chaque fois que je croise son regard, je lis une prière silencieuse….



23/03/2014
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