Maridan Gyres

Maridan Gyres

La maison du chaos à St Romain au Mont d'Or

La maison du chaos de Thierry Erhmann

 

Lorsque j’ai approché le mur d’enceinte, j’ai tout d’abord était fascinée par la qualité des graphismes. Les visages monochromes étaient criants de vérité. Les mots, déposés ça et là à front de mur, mettaient à jour mes pensées les plus sécrètes que je croyais solitaires. Ainsi donc, je n’étais pas la seule, à croire que notre monde devenait fou !

Deux visages étaient sculptés et ils émergeaient de ce mur, de profil, baignés de sang, ou tout au moins de ce qui y ressemblait, avec une expression de fatalité qui m’a prise aux tripes.

Arrivée à la porte d’entrée, celle-ci était close. Il y avait là, une vingtaine de personnes venues, comme nous, découvrir cet endroit atypique où m’avait conduite mon fils et son amie Élodie.

En attendant l’ouverture, j’ai suivi le mur d’enceinte jusqu’en haut de la rue. Visiblement, l’œuvre ne plaît pas à tout le monde, car ma déception a été grande de voir que du côté des villas cossues, le mur a été tagué de bleu et on ne distingue presque plus les inscriptions.

Un voisin semble avoir été séduit par l’ouvrage, car dans son jardin ont fleuri des sculptures d’un autre genre, très colorées cette fois.

Enfin, les portes du musée se sont ouvertes et j’ai pu pénétrer les lieux.

 

Mon premier sentiment fut la surprise ! Puis une sorte de reconnaissance. Comment cela était-il possible ? Je voyais là, exposer en toute impudeur, mes terreurs les plus sombres, mes angoisses nocturnes qui jaillissent quand le sommeil me fuit. Tout ce qui m’agite, me révolte, me dégoûte, était là ! Visages honnis enchevêtrés avec des visages aimés, admirés. Visages générateurs de désespoir suivi des porteurs d’espoir qui leur faisaient comme un écho…

 

Bien que baigné de noir et de rouge, ce chaos était porteur de lumière, de couleurs d’espérance. Certes les dictateurs, despotes et autres engeances diaboliques se côtoyaient, mais surgit au cœur de ces mécréants jaillissaient les visages de l’ouverture, de l’avenir rédempteur, de l’espérance promise. Philosophes, humanistes, prophètes, artistes de toutes sortes : écrivains, poètes, musiciens, chanteurs, et autres…

 

Ils étaient tous là ! Bataillon prêt à nous ouvrir les yeux et l’esprit, non les livres n’étaient pas encore un anathème, non la télévision n’était pas la ressource ultime de l’éducation. Et au cœur de tout ce chaos apparent, devant ces gigantesques crânes d’argent j’entendais comme un cri qui me poussait à dire ce que je taisais depuis si longtemps. Non ! Notre avenir n’est pas entre les mains de ces rats qui nous mangent le cerveau. Bien qu'ils nous lobotomisent à longueur d’antenne, nous sommes encore libres de nous lever et de brandir le poing de la révolte.

 

Les serviteurs de l’oligarchie dominante, les rats, dixit les politiques au service des puissants, ne pourraient jamais museler la France des Lumières, celle qui depuis quelque temps déjà tend à disparaître. Devant ce crâne étincelant qui se mire en une eau couleur de ciel bleu, je vois jaillir notre révolte, intacte, même si parfois, elle paraît endormie. J’aime à croire, que les Français de Zola sont encore là, et qu’avec moi, ils rejetteront le monde de fascistes qu’on aimerait nous vendre. Non, il me semble impossible qu’une béotienne comme Marine Le Pen puisse faire croire à des individus doués de raison que la solution est là.

 

Que ferions-nous, si demain la France devenait une terre sinistrée ? Comme tous les émigrés venus chez nous vers ce qu’ils pensaient être un Eden, nous partirions à la conquête de mondes plus cléments. J’ai vu tout cela sur les murs de cette étrange bâtisse. J’y ai entendu le cri des indignés cher à Stéphane Hessel, présent lui aussi en ces murs.

 

J’y ai retrouvé mon dégoût pour les industries pharmaceutiques, les laboratoires, pourvoyeurs d’argent au risque de nous tuer. Ce qu’ils font sans hésiter depuis des années. Sur chaque pierre tombale, un nom, un médicament disparu aujourd’hui, interdit à présent, mais combien de morts à cause de lui, d’eux ? Plus le petit peuple s’appauvrit, plus les riches engraissent, plus ils suintent l’huile de mon dégoût. Alors qu’un de ces notables, décide de créer un musée capable de nous ouvrir les yeux, et tous les loups se jettent sur lui, bien trop terrifiés par l’éveil possible de cette humanité presque lobotomisé à force de télévision, d’écran d’ordinateur et autres gadgets preneurs de temps. L’homme est de plus en plus stérile et cela n’inquiète personne. Les femmes ont de plus en plus de difficulté à donner naissance à des enfants et une fois encore, on pousse les laboratoires en avant.

 

Et quand ce n’est pas les labos et leurs complices qui nous tuent, n’ayez pas peur, d’autres assassins nous traquent dans l’ombre. Les industriels de l’agroalimentaire veulent vous faire manger de la merde, et dieu sait que vous aimez cela. Car c’est à caddie plein que les empoisonneurs nous attendent derrière les comptoirs bien achalandés des supermarchés. Pour ma part, il y a presque six ans que j’y ai renoncé et contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, j’y ai gagné en qualité de vie et en argent. Car lorsque j’achète au petit producteur, ou à mes commerçants de proximité, je ne suis pas tentée par tous ces objets inutiles qui jalonnent les rayons des supermarchés. L’industrie agroalimentaire ne détruit pas que nous, malheureusement. Elle pourrit les terres du futur au nom de l’alimentation mondiale. Alors, dites-moi, pourquoi la famine n’a-t-elle pas disparu ?

 

Mais parce que ma bonne dame, on préfère détruire les excédents plutôt que de les donner aux œuvres humanitaires. Merde ! On produit pas pour les pauvres, on est pas débiles non plus ! Inexorablement, notre mère nourricière subit les outrages et sa révolte est en route. De plus en plus de rivières débordent, emportent tout, dévastent les villes, les paysages et modifient tout à leurs guises. L’homme à force de vouloir la maîtriser, l’enchaîner, la domestiquer l’a mise en colère et il ignore où cette colère va nous mener.

 

La prochaine guerre sera, la guerre de l’eau, vous verrez, ce n’est pas si loin… On a assassiné de nombreux pays dans notre course aux richesses, des enfants meurent pour que nous puissions porter des vêtements de merde, pleins de produits toxiques, et ensuite on pleure sur la destruction de nos industries. L’homme est devenu fou dès qu’il a commencé à entasser de l’argent. Un vieil indien disait : quand l’homme blanc aura détruit tous les arbres, mangé tous les animaux, il comprendra qu’on ne vit pas en se nourrissant d’argent. Mais il sera trop tard.

 

Nous sommes devenus les soldats de la mondialisation, nous consommons toujours plus, à chaque nouveau gadget, nous nous précipitons un peu plus dans la corde qui va nous pendre. Il est encore temps de refuser cette société consumériste, de laisser les loups s’entredévorer et ils le sentent. C’est pourquoi je vois se dessiner les prémices d’une guerre qui décimera nombre d’entre nous. Quand les puissants sentent que les prolétaires leur échappent, ils trouvent rarement mieux qu’une guerre pour nous remettre dans les rails de la consommation. Ne plus consommer c’est gagner notre liberté.

 

Voilà tout ce que j’ai vu ou cru voir en ce musée d’un genre nouveau. C’est un chaos salutaire qui nous amène à réfléchir à ce que nous voulons vraiment. Peut-être est-ce le lieu nécessaire pour comprendre ce que nous voulons vraiment comme avenir pour nous et surtout pour nos enfants.

 

Maridan Gyres 26/08/2014



26/08/2014
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