Les mots de Montpellier

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Atelier 2 - 2019 - Les Mots de Montpellier

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Illustration :  Tommy Ingberg

 

 

Qu'est-ce qui m'a conduit jusqu'ici ?

 

Enfant, j'ai souvent rêvé de mourir pour échapper au désespoir qui me broyait le cœur et l'âme. Le courage et les opportunités m'ont manqué. J'ai grandi tant bien que mal et j'ai réussi à survivre dans la jungle de l'école laïque, puis dans les emplois successifs que j'ai occupé où, en tant qu'employé, je devais subir les états d'âme de patrons machiavéliques, tyranniques ou caractériels. Ces tortures du quotidien ont eu raison de mes ambitions et j'ai décidé de sortir de cette société consumériste et sans conscience pour vivre, tant bien que mal, en accord avec ma nature profonde qui se révoltait de ce que les hommes imposaient à notre mère nourricière .

 

Depuis plusieurs années, je voyais des reportages où des journalistes consciencieux, des chercheurs inquiets tiraient de nombreuses sonnettes d'alarme, mais rien ne changeait dans le monde. Nos agissements avaient contribué à détériorer l'Afrique, l'Asie et à présent, même l'Europe voyait les effets néfastes de nos modes de vie, mais hélas, malgré tout cela, nul changement n'était amorcé.

 

Quelques femmes ont tenté de me ramener à cette vie qui me rendait malade, mais sans succès. Un matin, où tout me semblait vain, j'ai décidé d'en finir. Je suis parti dans les bois et je me suis accolé à un vieux chêne. Je l'ai serré dans mes bras et je lui ai demandé pardon, Pardon pour tout ce que les hommes lui avaient imposé. Je lui ai fait part de mon dégoût de ce monde, mais aussi du peu d'estime que j'avais pour moi qui ne savait plus lutter.

 

J'avais enfilé mon plus beau costume, une chemise blanche immaculée et un chapeau que j'avais acheté pour cette occasion. Puis, je m'étais rendu à ma banque afin de clôturer mon compte et de faire établir un chèque de banque à l'ordre de mes parents. J'avais glissé ce chèque dans une enveloppe à leur adresse avec juste ces quelques mots griffonnés sur une carte de visite de mon dernier emploi : « Pour solde de tous comptes. »

 

Puis j'étais arrivé là, au pied de ce bel arbre centenaire et j'avais lancé une corde sur une branche haute. Je m'étais offert une soirée à bavarder avec ce chêne, comme avec aucun ami auparavant. Cela m'avait apaisé et je m'étais endormi à son pied.

 

Et me voilà ce matin, le chêne a disparu. Moi, je suis là, pauvre imbécile, entremêlé les bras en croix à des branches qui sortent du sol et m'entravent. Et soudain, je réalise que tout est clair, limpide même. La sottise des hommes qui aspirent au bonheur et détruisent leur mère nourricière. Je vois enfin notre monde tel qu'il est puissant, gigantesque,,,, Somptueux et magnifique en même temps et je réalise qu'il nous préserve malgré nos actes insensés, malgré notre stupidité, nos yeux bouchés,,, J'ai compris qu'il peut nous anéantir très facilement, il nous le montre de plus en plus souvent avec ses tempêtes, ses ouragans, ses inondations. Alors me voilà qui baisse la tête reconnaissant envers cette nature qui vient de m'ouvrir les yeux et de me faire comprendre que chacun de nous a un grand pouvoir et surtout un devoir, celui de refuser le malheur, celui de relever nos manches. Nous avons tous, le pouvoir de tout changer, nous ne devons plus nous laisser aller au malheur. Car chacun de nous est une force de vie formidable.

 

Je suis bien dans tes branches, mon vieil ami, j'ignore ce que je ferai demain, mais j'espère conserver la mémoire de cette immense sagesse que tu m'as offerte. Je sais à présent que tout est lié, toi, moi, notre terre, le ciel et l'espace. Nous sommes tous composés des mêmes cellules. Je te promets de bâtir des ponts entre ceux qui souffrent et ceux qui ont trop de tout. De chacune de mes souffrances, je ferai des victoires. J'apprendrai aux hommes que l'amour est notre plus belle bataille, qu'elle est la seule à pouvoir tous nous sauver. Qu'aimer est la seule richesse qui ne s'épuise jamais et qui s’enrichit de tout l'amour qu'on porte aux autres. Que cette force peut redessiner un monde ouvert sur l'avenir pour nos enfants, pour la nature, pour le règne animal et minéral.

 

Tous ensemble, nous bâtirons une humanité responsable fondée sur le respect et le partage équitable des ressources.

 

J'ouvre les yeux, mes entraves ont disparu, le vieux chêne aussi. Devant moi, le ciel est bleu, pas le moindre nuage, je suis au bord de la mer et les vagues s'échouent à mes pieds. L'eau est tiède...

 

Je changerai le monde demain. Aujourd'hui, je suis bien vivant, heureux d'être là. Je pose mes vêtements et plonge dans l'onde claire, mes bonnes résolutions attendront cette reprise de contact avec la vraie vie.

 

Maridan 23/01/2019



23/01/2019
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